La crise alimentaire au Niger
Le Niger était le centre de l'attention mondiale cette année en raison de la famine récente; qui sera suivant ?
Le manque de nourriture a été attribué à la sécheresse et aux sauterelles causant un déficit de mil l'année précédente. Mais nous avons une opinion bien différente.
Notre recherche montre que la pauvre fertilité du sol, plutôt que la sécheresse, est la contrainte majeure pour la production alimentaire à travers le Sahel ouest africain. Quand les plantes sont sous-alimentées leurs pauvres systèmes de racine ne peuvent pas aller chercher l'eau de pluie. En bref, la présente crise, est un résultat de gaspillage d'eau, plutôt que d'un manque d'eau.
Cette situation peut être remédiée en rectifiant les déficiences en phosphore et en azote du sol par de minimes doses d'engrais - juste un sixième ou moins des taux utilisés dans le monde développé - ce qui permettra aux plantes d'aller chercher plus d'eau, tout en augmentant les rendements de millet de 70 % en moyenne.
Nous appelons cette initiative la ‘'micro-dose'' '-l'application de petites quantités d'engrais avec la semence plutôt que d'étendre l'engrais partout sur le champ. L'application d'engrais au poquet est accessible aux pauvres et donne aux plantes un coup de pouce au démarrage et une maturité précoce, évitant la sécheresse de fin de saison. Dix dollars d'engrais sur un hectare donnent environ cinquante dollars supplémentaires en millet aux producteurs.

Une grande majorité de nigériens ruraux dépend de l'agriculture du mil pour leur sécurité alimentaire. La productivité accrue aurait pu leur permettre de s'alimenter au lieu de devenir vulnérable aux prix montants en flèche du mil causés par le déficit.
Ainsi qu'est-ce qui retient l'adoption du système ? Quatre choses : l'accès à l'engrais; l'accès au crédit; le manque d'information et de formation des producteurs; et les politiques inadéquates. Nous travaillons étroitement avec la FAO pour aider les coopératives de producteurs, ou les associations de warrantage à surmonter ces obstacles.
Le warrantage et la micro-dose ont été évalué auprès de 5,000 producteurs par la FAO avec de bons résultats. Au lieu de vendre le grain aux bas prix , les producteurs rassemblent leurs grains après la récolte et obtiennent des prêts liquides contre la production stockée. Avec cela ils participent aux achats d'engrais collectifs pour la saison suivante. On ne donne pas l'engrais gratuitement ou de manière subventionné aux producteurs. Comme le prix du grain augmente dans les mois suivants la récolte, la valeur de la production stockée augmente aussi, permettant aux producteurs de rembourser le prêt incluant l'intérêt en vendant le grain. Les associations créent aussi des méthodes de transfert de l'information pour atteindre les producteurs, leur permettant d'obtenir de l'information entre autre sur des façons d'augmenter le contenu en matière organique de leurs sols, qui est essentiel pour le caractère durable.
Le déficit alimentaire qui a causé la famine au Niger en 2005 était de 11 %. Si seulement un quart des producteurs du pays avait microdosé en 2004, le déficit alimentaire aurait été effacé. Il aurait coûté environ US$20 million pour établir le système à travers le pays - mais aurait sauvé jusqu'à US$80 million aux donateurs en aide alimentaire d'urgence et environ US$70 million aux consommateurs nigériens dans des dépenses alimentaires inférieures.
Dans de meilleures années, la micro-dose créerait un excédent qui pourrait être utilisé pour augmenter les réserves stratégiques (si la politique est accommodée), protégeant les pays sahéliens contre des sécheresses sévères dans les années futures.
Ces dernières années, USAID a aidé l'ICRISAT à appuyer l'effort de la FAO pour démontrer la technique au Burkina Faso, au Niger et au Mali, ainsi 12,000 producteurs ont compris la technique. Nous avons récemment obtenu une subvention du CORAF (avec des fonds de la Banque africaine de Développement) pour continuer à disséminer la micro-dose et le warrantage.
L'approbation du CORAF est important parce que cela souligne le support de la région elle-même et confirme l'alignement de la stratégie avec le NEPAD et les priorités du FARA. Nous encourageons les investisseurs des pays industrialisés à se fonder sur de telles priorités régionalement soutenues pour nous permettre de vulgariser la micro-dose et le warrantage plus largement.
La micro-dose est un exemple majeur des immenses bénéfices qui sont possibles en investissant dans la recherche à long terme. L'appui fondamental sans restriction complété par un financement supplémentaire de la BMZ/GTZ et de l'USAID depuis le début des années 1990 nous a permis de conduire cette recherche en partenariat avec le Niger, le Mali, le Burkina Faso, IFDC, TSBF-CIAT, la FAO et l'Université de Hohenheim (maintenant à travers l'Université de Kassel). Ces investissements nous placent maintenant sur le point d'impact majeur pour réduire la souffrance humaine.
Nous croyons que nous avons maintenant assez de preuves pour disséminer avec assurance le microdosage et le warrantage à travers le Sahel. Combiné avec une politique plus positive, cela mettrait le Niger et ses voisins sur un sentier d'autodéveloppement positif qui mettrait finalement fin à la dépendance à l'aide alimentaire quand la sécheresse frappe.
Nous pensons qu'il est grand temps pour la communauté internationale de mettre de côté son désespoir et sa démission face au Sahel et de commencer à mettre en oeuvre une solution qui est à la portée de la main dès aujourd'hui.
Bien à vous,

William D. Dar
Directeur général