Ne désertez pas les zones arides !
Les Nations-Unies ont déclaré 2006 comme l'Année Internationale des Déserts et de la Désertification (AIDD). Juin est plein d'événements pour l'AIDD, voilà pourquoi je dédie cette lettre au rôle du CGIAR dans la lutte contre la désertification - et pourquoi j'ai voulu répéter le slogan entraînant de l'ONU durant le Jour de l'environnement mondial (le 5 juin), "Ne désertez pas les zones arides!"
Le progrès contre la désertification a été gêné par plusieurs mythes. Le problème a débuté par des signaux d'alarme, il y a plus de 50 ans, mentionnant que le Sahara s'étendait vers le sud, avalant des villes et des fermes sur son passage. Les images étaient effrayantes, mais hélas - ils ne pouvaient pas être justifiés plus tard par la science. D'importants producteurs ont été désabusés par cette fausse alerte et il était difficile de regagner leur confiance et leur soutien plus tard pour aborder d'autres problèmes très réels de la dégradation de zones semi-arides. Cela illustre bien une des raison pour laquelle la science doit être un partenaire fidèle des campagnes majeures de développement durable.

Voilà ce à quoi les centres du CGIAR et leurs partenaires ont contribué durant les trois dernières décennies, d'autant plus que l'ICRISAT et ICARDA ont été établis afin de se concentrer entièrement aux zones semi-arides. ICRISAT a collaboré étroitement avec la Convention des Nations-Unies pour combattre la désertification (UNCCD) depuis son démarrage au début des années 1990; et se sont ensuite joint trois centres complémentaires (ICRAF, ILRI, TSBF-CIAT), ensemble avec neuf pays africains pour former le Programme en Marges du Désert (DMP). Le DMP est devenu le programme vedette du CGIAR contre la désertification en Afrique, travaillant pour mieux comprendre la terre et la dégradation de la biodiversité et ainsi trouver des solutions pour leur résister.
Grâce au DMP en partenariat avec CIAT-TSBF et la FAO, nous avons amélioré nos techniques de microdosage, qui confronte deux autres mythes des zones semi-arides enclines à la désertification : l'eau demeure la contrainte majeure et l'engrais est trop risqué. Nous avons donc défié la croyance conventionnelle que seul la culture du grain de faible valeur est appropriée pour les zones semi-arides grâce à notre travail sur la diversification des cultures. Tous ces mythes retiennent les producteurs enfoncés dans la pauvreté et l'insécurité alimentaire, tel que mentionné dans les lettres précédentes que vous pouvez trouver à : http: // www.icrisat.org/enewsletter.htm .
En se basant sur le succès du DMP, cette année nous proposons conjointement avec ICARDA une nouvelle initiative majeure : le Programme mondial du CGIAR que nous appelons ''Oasis''. Nous avons choisi ce nom ‘'Oasis'' parce qu'il reflète notre optimisme que le développement scientifique peut braver les mythes et le désespoir et ainsi aider les communautés des zones semi-arides à se créer un avenir beaucoup plus prometteur.
Je suis heureux que huit centres se sont jusqu'ici joints à nous comme partenaires de l'Oasis. Le DMP continuera comme pierre angulaire de l'Oasis en Afrique, en collaborant avec le globe formé par CIAT, CIMMYT, ICARDA, ICRISAT, IFPRI, ILRI, WARDA et beaucoup d'autres partenaires. L'Oasis aidera ces centres Future Harvest à bâtir des synergies et à prendre une approche holistique d'écosystèmes intégrés, qui est essentielle pour surmonter les problèmes complexes de la désertification.
L'UNCCD a fait remarquer que la désertification est, à sa base, un problème de développement humain et pour le surmonter nous devons attaquer la pauvreté. IFPRI, aussi partenaire d'Oasis, effectue une recherche de classe internationale sur la politique pour favoriser des revenus et un développement durables. IFPRI aidera l'Oasis à assembler les pièces ensemble, en étudiant les sentiers du développement durable et les politiques gagnantes dans ces zones.
L'Oasis se joint aussi à l'expertise de l'ILRI dans les méthodes de gestion des pâturages et de la politique d'élevage, qui est un complément essentiel à l'expertise sur les cultures de l'ICRISAT dans les zones semi-arides, puisque l'agriculture et l'élevage sont étroitement liés. La dégradation des pâturages et leur richesse en faune et en flore, ainsi que la biodiversité végétale est une question environnementale mondiale urgente pour laquelle l'ILRI joue un rôle de leader.
Une des contraintes majeures de l'UNCCD a été un manque de techniques justes pour mesurer la dégradation des terres, particulièrement sur de grandes superficies. Certains ont évalué que la désertification a déjà endommagé 70 % des zones semi-arides, tandis que la récente évaluation d'écosystèmes du millénaire indique une échelle de 10 à20 %. C'est une grande différence qui se doit d'être clarifiée. L'Oasis introduit une technologie de pointe de l'ICRAF pour évaluer la qualité des terres utilisant des données satellites, une technique appelée NIRS (near-infrared reflectance spectroscopy). Cela permet au CGIAR de contribuer de manière significative à la définition du problème de désertification et son étendue.
De plus l'Oasis fait un lien entre l'amélioration des cultures et les capacités de conservation du matériel génétique tant dans les centres en zones tropicales que tempérées. Le CIMMYT a développé du maïs tolérant à la sécheresse qui offre un rendement d'environ 30 % de plus le long des zones agricoles humides en Afrique du sud. ICARDA et CIMMYT cultivent conjointement le blé des zones arides pour l'Asie centrale et occidentale et pour l'Afrique du nord et mènent des études d'avant-garde sur le gène de résistance à la sécheresse. À l'ICRISAT, nous avons contribué aux variétés cultivées sur un million d'hectares dans les zones semi-arides d'Afrique et avons aussi eu un impact majeur en Asie.
Et même si peu de gens pensent au riz dans les zones semi-arides, il s'agit d'un autre mythe erroné. Le riz est une culture irriguée importante le long des systèmes fluviaux majeurs de l'Afrique occidentale et en basse altitude, des superficies arides de sol lourd comme les bassins du Lac Tchad et du Lac Victoria. Les variétés de WARDA sont largement cultivées dans ces zones et nous sommes heureux qu'ils contribuent leur expertise dans la multiplication du riz et la gestion de la vallée intérieure à l'Oasis.
Avec toutes ces expertises complémentaires, les centres d'Oasis ont aussi quelques secteurs de chevauchement qui détiennent un potentiel notable pour le travail commun de créer une masse critique plus grande. Plusieurs
Centres et leurs partenaires travaillent sur des questions de science du sol dans les zones semi-arides, par exemple. Beaucoup de principes et d'outils de multiplication des plantes sont semblables d'une culture à l'autre. La recherche participative avec les producteurs est un troisième secteur commun. Grâce à l'Oasis nous partagerons la connaissance et l'expertise afin de rendre la somme plus grande que les parties.
Bien que je décrive principalement le travail des centres afin d'être bref, je veux souligner qu'aucun d'eux ne fonctionne dans un vide. Ils sont étroitement liés aux partenaires nationaux, régionaux et internationaux dans la société publique, civile, les secteurs non gouvernementaux et privés. L'Oasis est, dans un sens "un meta-partenariat" qui lie ces réseaux primaires. Les associations de Centres conduiront l'ordre du jour, mais l'Oasis le rendra plus facile et plus productif pour eux de travailler ensemble.
Non, nous à l'ICRISAT, nous ne déserterons pas les zones arides. Au contraire, nous prenons même une forte avance grâce à la science harmonieuse de l'Oasis. Je vous invite à visiter le site Web d'Oasis pour en apprendre davantage (www.oasisglobal.net). J'accueillerais vos suggestions et réactions et ainsi que votre appui, je l'espère, afin de faire de cette initiative un grand succès.
Bien à vous,

William D. Dar
Directeur général