Juillet 2007

Des aliments de qualité cultivés dans les zones semi-arides

           
Depuis les années 60, le spectre des famines a galvanisé le monde pour se concentrer sur l'augmentation des quantités de nourriture produites dans les pays en voie de développement, avec moins d'attention donnée à la qualité des aliments. Alors que la quantitéa augmenté, une faim cachée et latente a continué de persécuter les pauvres des zones tropicales semi-arides.

Les pauvres ont de la difficulté à s'offrir des régimes variés et équilibrés nécessaires à une santé robuste. Plusieurs se nourrissent uniquement d'un bol de bouillie fait à partir de grains de basse qualité. En plus de fournir des quantités insuffisantes de minéraux et de vitamines, ces aliments bon marché contiennent trop souvent des toxines cancérigènes.

Le fléau de la faim cachée et des toxines invisibles

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et d'autres organismes estiment que l'anémie provoquée par l'insuffisance en fer affecte plus de deux milliards de personnes dans le monde, la plupart des femmes pauvres ; que l'insuffisance en zinc, causant des retards de croissance et la morbidité affecte plus de trois quarts de la population de l'Asie et de l'Afrique ; que l'insuffisance en vitamine A peut causer la cécité, des retards de croissance et la susceptibilité aux maladies de la population des pays en voie de développement. Les aflatoxines sont des produits chimiques toxiques produits par certains mycètes qui infectent les aliments, réduisant l'efficacité du système immunitaire une fois consommées et causant des retards de croissance, la cirrhose du foie et le cancer.

L'effet dévastateur, du coût humain de la faim cachée et des toxines invisibles, nécessite une attention urgente de la communauté internationale. Tandis que la base du problème est la pauvreté (incapacité d'acheter des aliments de qualité et diversifiés), la faim cachée et la toxicité sont une cause de cette pauvreté parce qu'elles réduisent le potentiel humain. Nous devons donc casser ce cycle vicieux en abordant la malnutrition de front.

 

Céréales suralimentées

La faim cachée a récemment attiré l'attention de la communauté internationale oeuvrant en développement. Pour favoriser des niveaux nutritifs plus élevés dans nos cultures-mandat, particulièrement les céréales des zones semi-arides telles que le sorgho et le millet, nous participons à deux initiatives de recherches internationales :

  • HarvestPlus, un sous-programme du Programme défi du CGIAR soutenu par un consortium de bailleurs de fonds ; et

     
  • Le projet de sorgho biofortifié d'Afrique (ABS), un consortium de sept établissements africains et deux américains financés par la Fondation Grand défi Bill et Melinda Gates dans le programme de santé mondial.

Débuté tout récemment, ce travail a déjà découvert des lignées dans la banque de gènes de l'ICRISAT qui ont des concentrations en fer et en zinc jusqu'à quatre fois plus élevées que dans les variétés les plus populaires. Il reste à voir si ces concentrations nutritives élevées peuvent être maintenues si ces gènes sont introduits dans des milieux génétiques adaptés, une telle variabilité génétique à grande échelle suggère que des gains significatifs puissent être possibles. Le type de sol où la culture est cultivée peut également avoir un effet majeur ; les sols riches en fer produits des grains à teneur élevée en fer.

TPlus et mieux

Même sous les contraintes de cultures céréalières pluviales en zones semi-arides, beaucoup peut être fait pour améliorer la diversité du menu tout en augmentant les revenus. La patate douce à chair orangée à forte teneur en vitamine A (développée par notre centre CIP partenaire) peut être cultivée avec du sorgho pluvial; seulement t100 grammes par jour de cette récolte savoureuse satisfait les besoins en vitamine A des enfants en bas âge. Les potirons à chair orangée sont une autre option qui peut être plantée dans les zones plus humides du champ, de plus, ils peuvent être entreposés sur une plus longue période. .

Les légumes indigènes feuillus tels que les feuilles de Moringa provenant des arbres des zones sahéliennes ont une concentration de 50 fois plus élevée en provitamine A que le grain de millet. D'autres espèces sauvages sont souvent sélectionnées et consommées incluant Corchorus spp., Senna obtusifolia, Hibiscus sabdariffa et Adansonia digitata. Une fois récoltées, ces cultures sont souvent une source de revenus aidant les petits producteurs à lutter contre la pauvreté tout en leur procurant des aliments nutritifs.

 

Déchets toxiques

Les aliments sains doivent également être exempts d'aflatoxine qui s’attaque à la santé humaine. Les aflatoxines sont produites par un champignon Aspergillus flavus et A. parasiticus qui infectent beaucoup de cultures au champ (souvent déclenché par la sécheresse) et également dans le stockage si elles ne sont pas gardées au sec. L'arachide, le sorgho, le maïs, les épices, les piments, les amandes et les pistaches sont fréquemment infectés. Une approche intégrée est la plus efficace pour le contrôle de l’aflatoxine, y compris des pratiques afin d’éviter la sécheresse ; les agents de contrôle biologiques; les fongicides ; les variétés résistantes ; la période de récolte et le triage afin d’enlever les grains infectés ; le séchage rapide et le stockage des grains au sec.

En plus de nuire à la santé humaine dans les pays en voie de développement, les limites strictes des pays développés sur le contenu d’aflatoxine rendent l’exportation difficile, privant ainsi les paysans des pays pauvres d’une occasion de revenu. La surveillance de la contamination par l’aflatoxine dans les aliments pour certifier la sécurité peut ouvrir des portes aux marchés d'exportation. L’ICRISAT a développé une trousse de dépistage de l’aflatoxine peu coûteuse et très précise basée sur la technologie immunoabsorbante (ELISA).

En utilisant cette trousse dans une approche intégrée vers les marchés, nous aidons un des pays les plus pauvres d'Afrique, le Malawi, à établir des marchés d'exportation avec l'union européenne. Nous avons démarré par la production d’arachide à haut rendement, résistantes aux maladies et propices à ce marché, et en travaillant avec le gouvernement et le secteur privé pour établir les circuits d’approvisionnement en semences. Ensuite, nous avons supporté l’Association des petits producteurs du Malawi(NASFAM) à inclure un protocole d'assurance qualité et de biosécurité sur sa production en utilisant la trousse de dépistage pour répondre aux normes d'exportation. Troisièmement, nous avons aidé à catalyser les liens entre la NASFAM et les importateurs spécialisés en commerce équitable afin que les producteurs membres de la NASFAM obtiennent des prix justes pour leurs produits. Cette approche intégrée de marché est maintenant répandu au Mozambique, en Tanzanie, et au Kenya..



Un réseau interrelié de biosécurité nutritionnelle, de santé humaine et de prospérité

La faim cachée et les toxines extraient un péage insidieux sur ceux qui assurent le futur : les jeunes et les jeunes mères qui les conçoivent et les nourrissent. En augmentant le contenu nutritif des aliments, en diversifiant les menus, en réduisant les risques en matière de biosécurité des aliments et en augmentant les revenus, nous pouvons aider les pauvres à pallier à la malnutrition et aux toxines qui les empêchent de se réaliser pleinement.

Ces avantages sont fondamentaux et durables, et nous semblent être particulièrement appropriés à notre aspiration afin de servir le monde par la ‘’Science au visage humain ‘’.

 

Bien à vous,



William D. Dar
Directeur général