Des aliments de qualité cultivés dans les zones semi-arides
Depuis les années 60, le spectre des famines a galvanisé le monde pour se concentrer sur l'augmentation des quantités de nourriture produites dans les pays en voie de développement, avec moins d'attention donnée à la qualité des aliments. Alors que la quantitéa augmenté, une faim cachée et latente a continué de persécuter les pauvres des zones tropicales semi-arides.
Les pauvres ont de la difficulté à s'offrir des régimes variés et équilibrés nécessaires à une santé robuste. Plusieurs se nourrissent uniquement d'un bol de bouillie fait à partir de grains de basse qualité. En plus de fournir des quantités insuffisantes de minéraux et de vitamines, ces aliments bon marché contiennent trop souvent des toxines cancérigènes.
Le fléau de la faim cachée et des toxines invisibles
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et d'autres organismes estiment que l'anémie provoquée par l'insuffisance en fer affecte plus de deux milliards de personnes dans le monde, la plupart des femmes pauvres ; que l'insuffisance en zinc, causant des retards de croissance et la morbidité affecte plus de trois quarts de la population de l'Asie et de l'Afrique ; que l'insuffisance en vitamine A peut causer la cécité, des retards de croissance et la susceptibilité aux maladies de la population des pays en voie de développement. Les aflatoxines sont des produits chimiques toxiques produits par certains mycètes qui infectent les aliments, réduisant l'efficacité du système immunitaire une fois consommées et causant des retards de croissance, la cirrhose du foie et le cancer.
L'effet dévastateur, du coût humain de la faim cachée et des toxines invisibles, nécessite une attention urgente de la communauté internationale. Tandis que la base du problème est la pauvreté (incapacité d'acheter des aliments de qualité et diversifiés), la faim cachée et la toxicité sont une cause de cette pauvreté parce qu'elles réduisent le potentiel humain. Nous devons donc casser ce cycle vicieux en abordant la malnutrition de front.
Céréales suralimentées
La faim cachée a récemment attiré l'attention de la communauté internationale oeuvrant en développement. Pour favoriser des niveaux nutritifs plus élevés dans nos cultures-mandat, particulièrement les céréales des zones semi-arides telles que le sorgho et le millet, nous participons à deux initiatives de recherches internationales :
-
HarvestPlus, un sous-programme du Programme défi du CGIAR
soutenu par un consortium de bailleurs de fonds ; et
- Le
projet de sorgho biofortifié d'Afrique (ABS), un consortium
de sept établissements africains et deux américains
financés par la Fondation Grand défi Bill et Melinda
Gates dans le programme de santé mondial.
Débuté
tout récemment, ce travail a déjà découvert
des lignées dans la banque de gènes de l'ICRISAT qui ont
des concentrations en fer et en zinc jusqu'à quatre fois plus
élevées que dans les variétés les plus populaires.
Il reste à voir si ces concentrations nutritives élevées
peuvent être maintenues si ces gènes sont introduits dans
des milieux génétiques adaptés, une telle variabilité
génétique à grande échelle suggère
que des gains significatifs puissent être possibles. Le type de
sol où la culture est cultivée peut également avoir
un effet majeur ; les sols riches en fer produits des grains à
teneur élevée en fer.
TPlus et mieux
Même
sous les contraintes de cultures céréalières pluviales en zones semi-arides,
beaucoup peut être fait pour améliorer la diversité du menu tout en
augmentant les revenus. La patate douce à chair orangée à forte teneur
en vitamine A (développée par notre centre CIP partenaire) peut être
cultivée avec du sorgho pluvial; seulement t100 grammes par jour de
cette récolte savoureuse satisfait les besoins en vitamine A des enfants
en bas âge. Les potirons à chair orangée sont une autre option qui peut
être plantée dans les zones plus humides du champ, de plus, ils peuvent
être entreposés sur une plus longue période. .
Les légumes indigènes feuillus tels que les feuilles de
Moringa provenant des arbres des zones sahéliennes ont une concentration
de 50 fois plus élevée en provitamine A que le grain de
millet. D'autres espèces sauvages sont souvent sélectionnées
et consommées incluant Corchorus spp., Senna obtusifolia, Hibiscus
sabdariffa et Adansonia digitata. Une fois récoltées,
ces cultures sont souvent une source de revenus aidant les petits producteurs
à lutter contre la pauvreté tout en leur procurant des
aliments nutritifs.
Déchets toxiques
Les aliments sains doivent également être exempts d'aflatoxine
qui s’attaque à la santé humaine. Les aflatoxines sont
produites par un champignon Aspergillus flavus et A. parasiticus qui
infectent beaucoup de cultures au champ (souvent déclenché
par la sécheresse) et également dans le stockage si elles
ne sont pas gardées au sec. L'arachide, le sorgho, le maïs,
les épices, les piments, les amandes et les pistaches sont fréquemment
infectés. Une approche intégrée est la plus efficace
pour le contrôle de l’aflatoxine, y compris des pratiques afin
d’éviter la sécheresse ; les agents de contrôle
biologiques; les fongicides ; les variétés résistantes
; la période de récolte et le triage afin d’enlever les
grains infectés ; le séchage rapide et le stockage des
grains au sec.
En
plus de nuire à la santé humaine dans les pays en voie
de développement, les limites strictes des pays développés
sur le contenu d’aflatoxine rendent l’exportation difficile, privant
ainsi les paysans des pays pauvres d’une occasion de revenu. La surveillance
de la contamination par l’aflatoxine dans les aliments pour certifier
la sécurité peut ouvrir des portes aux marchés
d'exportation. L’ICRISAT a développé une trousse de dépistage
de l’aflatoxine peu coûteuse et très précise basée
sur la technologie immunoabsorbante (ELISA).
En utilisant cette trousse dans une approche
intégrée vers les marchés, nous aidons un des pays
les plus pauvres d'Afrique, le Malawi, à établir des marchés
d'exportation avec l'union européenne. Nous avons démarré
par la production d’arachide à haut rendement, résistantes
aux maladies et propices à ce marché, et en travaillant
avec le gouvernement et le secteur privé pour établir
les circuits d’approvisionnement en semences. Ensuite, nous avons supporté
l’Association des petits producteurs du Malawi(NASFAM) à inclure
un protocole d'assurance qualité et de biosécurité
sur sa production en utilisant la trousse de dépistage pour répondre
aux normes d'exportation. Troisièmement, nous avons aidé
à catalyser les liens entre la NASFAM et les importateurs spécialisés
en commerce équitable afin que les producteurs membres de la
NASFAM obtiennent des prix justes pour leurs produits. Cette approche
intégrée de marché est maintenant répandu
au Mozambique, en Tanzanie, et au Kenya..


Un réseau interrelié de biosécurité nutritionnelle, de santé humaine et de prospérité
La faim cachée et les toxines extraient
un péage insidieux sur ceux qui assurent le futur : les jeunes
et les jeunes mères qui les conçoivent et les nourrissent.
En augmentant le contenu nutritif des aliments, en diversifiant les
menus, en réduisant les risques en matière de biosécurité
des aliments et en augmentant les revenus, nous pouvons aider les pauvres
à pallier à la malnutrition et aux toxines qui les empêchent
de se réaliser pleinement.
Ces avantages sont fondamentaux et durables, et nous semblent être
particulièrement appropriés à notre aspiration
afin de servir le monde par la ‘’Science au visage humain ‘’.
Bien à vous,

William D. Dar
Directeur général