La Science au Visage Humain

 

Lors de mon entrée en fonction à l'ICRISAT en janvier 2000, j'ai compris, venant d'une famille agricole, que nous avions besoin d'un cri de ralliement afin d'accomplir notre mission d'aider les pauvres des tropiques semi-arides. J'ai estimé fortement qu'il doit y avoir une raison première, derrière la science apparemment impersonnelle qui existe. C'est parce que l'ICRISAT traite non seulement de l'agriculture dans les tropiques semi-arides – mais surtout il appuie les pauvres des zones tropicales semi-arides - les hommes, les femmes et les enfants qui luttent quotidiennement pour joindre les deux bouts.

ICRISAT est une organisation, d'abord et avant tout, au service des pauvres. La science est le moyen que nous utilisons pour servir les pauvres, mais pas une fin en soi. Même si nous faisons de l'excellente recherche, si nous avons aucun impact dans l'amélioration des conditions de vie des pauvres, nous avons échoué. Par contre, en utilisant la science pour aider les pays en voie de développement à réduire la pauvreté, la malnutrition et la dégradation environnement, nous pouvons dire que nous faisons une différence.

Au-delà d'une science de qualité et d'avant-garde, notre travail à l'ICRISAT, en coopération avec nos partenaires, doit profiter aux plus marginalisés, désavantagés et affamés. Autrement dit, nous façonnons nos programmes de recherche pour répondre aux réels besoins humains.

La recherche agricole que nous entreprenons, génère non seulement des résultats scientifiques sur les gènes des cultures, les systèmes de production et la gestion des ressources naturelles, mais elle aboutit aussi à une augmentation des revenus pour les pauvres producteurs et à une amélioration de la qualité de vie des ménages ruraux dans les tropiques semi-arides.

Ceci est le visage humain de la science et de la recherche agricole que nous faisons . C'est le thème global et le motif primordial de nos efforts.

Pourquoi devrions-nous faire tout cela? La raison est simple : la pauvreté. Malgré beaucoup d'avantages obtenus grâce à la science dans la production alimentaire, il y a toujours environ 840 millions de personnes, 13 pour cent de la population mondiale, qui sont pauvres et qui souffrent d'insécurité alimentaire. Elles sont concentrées dans les pays en voie de développement, d'abord en Asie avec près de la moitié de sa population totale toujours en situation alimentaire précaire, suivie par l'Afrique subsaharienne (35 %) et l'Amérique latine (17 %). En Inde, environ 84 % des pauvres ruraux vivent dans les zones pluviales où les denrées alimentaires se font rares.

En complément de la science au visage humain, nous menons aussi une Révolution du gris au vert dans les tropiques semi-arides. La plupart d'entre nous sommes familiers avec la Révolution verte des années 60 et 70. Elle a connu un impact immense sur l'augmentation de la productivité agricole. Sans cela, un milliard de personnes auraient toujours faim aujourd'hui. Cependant, l'idée que le problème alimentaire a été résolu par la Révolution verte est incorrecte. Le problème s'est amoindri, pour ensuite réaliser qu'un quart de la population mondiale n'a pas profité des bénéfices de la Révolution verte.

Beaucoup de personnes nous demandent s'il est possible de tourner des zones grises en zones vertes. Ce n'est pas facile. Les zones grises sont caractérisées par des environnements durs, marginaux, avec de grandes variations climatiques, des risques élevés, et un capital rare pour le pauvre. Mais les bonnes nouvelles sont que la Révolution du gris au vert surmonte ces adversités. La clef est d'adapter les systèmes de culture à la variabilité naturelle de l'environnement, et non l'inverse. .L'adaptation de la culture à l'environnement signifie que les producteurs obtiennent davantage de leurs propres ressources naturelles. Cette approche aide aussi à les placer sur les marchés internationaux.

La Révolution du gris au vert appuie les pauvres à gérer leurs ressources locales et à mieux les utiliser. En gérant et optimisant les ressources locales, les pauvres producteurs peuvent transformer l'adversité en possibilité. Ainsi, ils se dégagent eux-mêmes de la pauvreté, sans intrants coûteux, ni aide extérieure.

La Révolution du gris au vert va donc au-delà de l'augmentation de la productivité agricole. Elle appuie le pauvre à construire sur ses propres capacités, avec confiance en soi et indépendance.

En bref, la Révolution du gris au vert, c'est la Science au visage humain.

William D Dar
Directeur général